Saint Fons

Compte rendu de la visite du site « La Champignonnière », sur les balmes de Saint-Fons, le 19/10/13
Participants :
Jo et Géraldine, Alain, Loic, Cyrille, Seb, STef, Valérie, Laetitia (OCRA), ainsi que sympathisants du milieu souterrain.

Les Balmes de Saint-Fons possèdent une histoire relativement riche. « La Champignonnière », située chemin de charrière, est l’un des 6 sites d’extraction recensés et constitue un bel exemple de la richesse et des potentialités du patrimoine souterrain. Carrière d’extraction pour les Romains, refuges durant les guerres de religion, cache de matériel dérobé sur chantier, décor de film, champignonnière… Le site, propriété de la ville de Saint-Fons, a été exploité pour la culture de champignons de Paris à partir de 1996 par M. Philippe CLAVEL.

Ce site de 3000 m2 est creusé sur les pentes de Saint Fons, dans de la moraine glaciaire dont certains endroits semblent particulièrement instables. En surface, une route que les poids lourds peuvent emprunter et des arbres et arbustes dont les racines se développent jusque dans les salles souterraines. M.CLAVEL décide de cesser son activité en 2000, suite à un éboulement. S’ensuivent de longues démarches administratives et juridiques afin de déterminer responsabilités, travaux de restauration, etc.

M. Eddy DIOT, vice-consul de Russie, entrepreneur et amateur de sites originaux, s’intéresse à l’ancienne champignonnière à cette époque. Après de longues tractations, il acquiert le site enterré, la plateforme à mi-pente ainsi que la pente jusqu’à la route et une partie des terrains en surface. La situation n’est cependant pas simplifiée car, selon M.DIOT, la municipalité ne prend pas ses responsabilités (accès non limité de la route aux véhicules légers, végétation intrusive, clôture en mauvais état…). De plus, M.DIOT précise que la champignonnière est inscrite dans le périmètre de sécurité d’un site industriel classé SEVESO, ce qui implique des contraintes supplémentaires.

M.DIOT a eu connaissance de l’OCRA et de son travail sur la champignonnière de Caluire. Lorsque Jo, l’un des membres de l’association, prend contact avec lui par curiosité, M.DIOT propose de faire visiter son site afin de recueillir son avis sur l’état du terrain. L’OCRA ne peut fournir d’expertise professionnelle en terme de stabilité géotechnique ; néanmoins, sa longue expérience des systèmes souterrains en fait un interlocuteur pertinent pour ce type de problématique.

L’OCRA et quelques sympathisants se rendent sur place le samedi 19/10/13, en présence de M.DIOT et de son assistant M. Jean Michel FERRI.

Figure 1 : Explications en surface

Figure 2 : Zone de stockage

Un très important travail de restauration a été réalisé par M.DIOT et son équipe. Le site servait de décharge sauvage. Le matériel de l’ancienne exploitation était abandonné, ferrailles rouillées, carcasse de voiture incendiée… Les gravats et détritus ont été éliminés, et le site nettoyé puis sécurisé (grille, vidéosurveillance…). L’électricité a été installée, et des travaux de confortement ont été réalisés dans une première partie qui sert actuellement de stockage pour vin et céréales en palettes. Le système actuel ne permet cependant pas de compenser les variations hygrométriques (maîtrise indispensable pour la conservation de vins fins). L’objectif à termes, en effet, serait de pouvoir accueillir des vins de qualité avec un mode de conservation écologique. Une ouverture secondaire du site permettrait de concrétiser ce projet et de condamner les zones les plus dangereuses.

Figure 3 : Restauration et électrification de l’entrée

Le développé du site est très conséquent, avec une succession de salles dont la voute, entre 3 et 5 m de hauteur, est soutenue par des piliers tournés. L’instabilité de certaines zones du site non restauré transparait par des éboulements de couches de sable compacté qui se décroche par plaque, laissant apparaître les graviers et galets constitutifs de la moraine glaciaire sus-jacente.

Figure 4 : Couches de sable éboulées

   
Figure 5 :
Éboulements, surplomb et moraine glaciaire

Le travail de sape du système racinaire des végétaux de surface est clairement visible. Les zones en surplomb menacent de s’effondrer. Ce point est particulièrement problématique lorsqu’il s’agit des parties supérieures des piliers de soutènement.

  
Figure 6 : Pilier tourné : très dégradé en partie supérieure (à gauche) ou restauré (à droite)

Le travail de confortement réalisé semble pertinent, notamment lorsque la projection de revêtement anti-chute s’associe à une consolidation en profondeur par cloutage (tirefonds ancrés dans la matrice pour répartir les forces de traction associées au poids du revêtement). De même, la restauration des piliers est impérative pour soutenir le poids des voutes. La fermeture des salles par un murage de l’accès constitue une solution préventive d’autant plus satisfaisante que ce système est réversible et que des ouvertures d’observation ont été pratiquées.

Un comblement des salles à risque, bien que sécuritaire, présente cependant l’inconvénient majeur de condamner irrémédiablement l’espace disponible. La traçabilité des matériaux utilisés doit pouvoir être vérifiée (qualité géotechnique et environnementale), et les moyens de transports traditionnels (semi-remorque, chargeur, manuscopique…) imposent d’aménager les accès (et fragiliser les voûtes). Les vibrations générées par une opération d’envergure peuvent également provoquer des effondrements.

Une simple projection de consolidation, seule, ne parait pas suffisante car la matrice initiale est friable. Ce type de couverture ne pourrait s’envisager que temporairement pour limiter les chutes de faible envergure. En outre, cette protection apporterait un poids supplémentaire à un système déjà instable. L’étaiement des zones à risque parait indispensable ; son efficacité sera d’autant plus importante et pérenne si sa mise en œuvre est réalisée au plus tôt.

En surface, la principale mesure préventive consiste en adaptant la végétation, avec le choix d’espèces présentant un développement racinaire plus faible et moins destructeur. Un couverture étanche aura une efficacité limitée car l’eau de la colline ne pourra pas être déviée par ce biais.

Sans étaiement, les éboulements se poursuivront, notamment aux intersaisons en raison : l’arrivée d’eau, comme son retrait, entraine les particules de sol et favorise l’érosion.

Au-delà du projet d’utiliser le site pour le stockage de vin fin, M.DIOT s’intéresse aussi à la culture de champignon. Ainsi, il souhaiterait mettre à disposition quelques salles si un producteur se manifestait. En effet, les nombreux appels de particulier, se renseignant sur la reprise de cette activité, l’essor du commerce de proximité en circuit court ainsi que les très nombreux établissements de restauration de la région semblent confirmer le potentiel d’une telle culture. A ce titre, les recherches actuelles de l’OCRA sur cette thématique rejoignent son intérêt ; M.DIOT souhaiterait être informé de l’évolution de nos démarches.

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